La Chronique de Jacques Julliard.Oui, le boycott !
Contre la farce lugubre qui se dessine a Pékin, j'en appelle - non pas contre le sport mais en son nom - au respect de nos valeurs.Jusques à quand demeurerons-nous les dupes de nos propres impostures ? Jusques à quand feindrons-nous de croire que ce qui de prépare en août à Pékin sera la fête de la joie de vivre et de la fraternité entre les peuples ? Contre la farce lugubre qui se dessine là-bas, je veux en appeler au respect de nous-même et de nos valeurs.
Oui, ce n'est pas contre le sport, mais bien eu nom du sport que je demande le boycott des jeux Olympiques de Pékin.
Avons-nous déjà oublié la formidable tribune de propagande que furent pour le national-socialisme les Jeux de Berlin, en 1936, sous la présidence d'Adolf Hitler ? Ces Jeux qui devaient ouvrir à la lumière extérieure le cachot dans lequel étaient enfermés les Allemands, ces Jeux dont Pierre Mendès France fut le seul à demander le boycott, tournèrent, sous la caméra de Leni Riefenstahl, à la glorification du nazisme.
Plus proche de nous, avons-nous déjà oublié la cynique imposture de la RDA dans les années 1970 et 1980, qui envoyait à l'admiration du monde sportif des filles mises à l'engrais, dopées et droguées dans des conditions dont on n'aurait pas voulu pour les animaux ?
Avons-nous enfin oublié la tragédie du Heysel, à Bruxelles, où le 29 mai 1985, les autorités sportives ne craignirent pas de faire reprendre la finale européenne de la Ligue des Clubs champions entre la Juventus de Turin et le Club de Liverpool, alors que, dans les tribunes, gisaient 39 morts et 600 blessés, fruit de la fureur de hooligans anglais dégénérés et imbibés de bière ? Jamais le football ne s'est relevé de cette honte.
A Pékin, cet automne, si les jeux Olympiques ont lieu, on prendra bien soin de ne pas regarder vers les tribunes et vers le monde extérieur. On se gardera bien d'apercevoir, fût-ce fugitivement, les tabassages, les arrestations, les emprisonnements, les massacres qui sont le vrai décor de cette mascarade. Ces Jeux sont en vérité la tribune idéale de l'impérialisme chinois, dont les carnages qui se déroulent aujourd'hui au Tibet ne sont que la partie émergée.
Après cela, il faut tout l'aplomb d'un bafouilleur jobard comme Bernard Laporte pour prétendre que ce sont les boycotteurs qui politisent le sport, alors que, d'un bout à l'autre, les jeux Olympiques de Pékin sont une opération politique.
Ces Jeux ont été voulus et décidés par le vieil affairiste franquiste Juan Antonio Samaranch dont le CIO, pour sa honte, a fait son président pendant vingt et un ans (1980-2001) et dont il a supporté sans mot dire la tutelle et les magouilles.
C'est « l'Equipe » qui, en conclusion de son éditorial de 24 mars, le reconnaît sans ambages : « Les Jeux ont été tirés et il faudra bien les boire. Même si le goût en sera probablement fort amer »
«Position responsable », titre néanmoins le journal sportif.
C'est toujours en invoquant la responsabilité que l'on capitule devant l'inacceptable.
Je mesure l'ampleur de sacrifice que le boycott des Jeux de Pékin constituerait pour les milliers d'athlètes qui se préparent sans relâche à travers le monde. Sacrifice douloureux, injuste, mutilant pour ces sportifs a plein temps. Mais, franchement, peuvent-ils accepter d'aller « plus vite, plus haut, plus fort » entourés d'un cérémonial à fort goût policier qui se nomme imposture, propagande, terreur ? Ils objecteront que personne ne réclame le blocus économique de la Chine pour la punir des massacres du Tibet et de ses manquements multiples aux droits de l'homme. Exacte !
C'est que le commerce n'a pas d'honneur, pas de noblesse – il est littéralement ignoble – alors que le sport, s'il renonce à l'honneur et à la beauté, n'est plus qu'une gesticulation stipendiée, une foire-exposition sans âme du muscle et de l'adresse.
Alors que Bush et Sarkozy ont déjà annoncés leur présence à la cérémonie d'ouverture – on n'en attendait pas moins d'eux ! – les Allemands, les Britanniques sont beaucoup plus réservés. De nombreux sportifs s'interrogent. Et l'opinion publique se réveille. Une majorité de Français (53% contre 43 % selon un sondage CSA) est favorable à un boycott de la cérémonie d'ouverture. Mieux : une forte minorité (41% contre 55%) est favorable au boycott des Jeux. C'est un point de départ inespéré ! Mobilisons-nous ! Elevons la voix ! Faisons honte aux politiques de leur lâcheté ! Comme à l'habitude, la peur finira bien par leur donner du courage...